Si vous souhaitez une chronique sur un titre drôle, tendre, délirant, déjanté… revenez pour la prochaine chronique! Celle qui vient est consacrée au titre le plus triste qu’il m’ait été donné de lire jusqu’à ce jour. Ce manga porte bien son nom puisqu’il s’agit de « Larme Ultime ». Focus sur cette série qui a su me tirer les larmes des yeux.
« Larme Ultime », sous titrée « Le dernier chant d’amour sur cette petite planète », est une série de Shin TAKAHASHI, publiée au Japon de Mai 2000 à Décembre 2001, composée de 7 tomes principaux et 1 volume d’histoires courtes se déroulant dans le même univers sorti en 2006. En France, l’édition de ce manga s’est déroulée entre Janvier 2003 et Mars 2004 chez Akata/Delcourt pour la série, le volume d’histoire courtes étant sorti fin 2008. Le titre peut être interprété de deux manières différentes mais absolument complémentaires et justes : on peut lire « Larme Ultime » dans le sens « la dernière larme versée », mais aussi « L’Arme Ultime » dans le sens « l’Arme la plus puissante au monde ».
Chise est une jeune fille pleurnicharde, maladroite, frêle et timide, pas très jolie de prime abord, et dont le tic de langage est un « pardon » perpétuel (je préfère ne pas compter le nombre de fois où elle dit « Pardon » dans la série, ce serait infernal ^^’). Elle est amoureuse de Shûji, un de ses camarades de classe, et, poussée par sa meilleure amie Akemi, se décide à lui avouer ses sentiments. Shûji, garçon banal mais pas doué dans les relations humaines, accepte de sortir avec Chise sans trop savoir quoi faire lorsqu’ils sont ensemble. A première vue, rien ne destine ces deux personnages à vivre une incroyable histoire. Et pourtant….
Une nouvelle guerre mondiale vient d’éclater et ébranle la planète entière. De sanglants raids aériens détruisent plusieurs villes du Japon, mais les avions sont subitement détruits par une arme inconnue. C’est alors que Shûji découvre l’atroce vérité : sa petite amie Chise a été transformée par l’armée en une arme redoutable, capable de réduire des villes entières en particules. C’est le début d’une dramatique histoire d’amour et de destruction entre Shûji et Chise, la découverte de leurs profonds sentiments, de leur impuissance à protéger ceux qu’ils aiment… c’est le début de la fin du monde, en réalité. Car si Shûji est totalement impuissant face aux attaques menées par les armées du monde entier, la force destructrice de Chise grandit de jour en jour, et Chise perd de plus en plus le contrôle de son corps. La Terre serait-elle condamnée à la destruction?
Le personnage de Chise, qui est « l’Arme Ultime », est magnifiquement présenté. Sous ses aspects de petite fille, se cache donc en réalité une arme de destruction massive, similaire à une bombe atomique. Chise a conscience du mal qu’elle fait autour d’elle en agissant en tant qu’arme, mais ne peut se résoudre à arrêter car cela signifierait pour elle la mort (elle doit en effet être contrôlée par les scientifiques de l’armée), et elle ne veut pas mourir : elle veut vivre, vivre pour ses amis, vivre pour sa famille, et surtout vivre pour Shûji ! Comme pour expier ses fautes, elle tient un journal intime dans lequel elle raconte ses journées à Shûji, ses sentiments, sa douleur, son « travail » pour l’armée… Elle livre toute son âme dans ce journal. Shûji, lui, ne sait comment réagir face à la cruelle vérité, face à son impuissance à protéger ses proches, face au destin auquel il se sait condamné, face à son amour pour Chise. Les deux personnages sont face à des difficultés presque insurmontables, et devront faire preuve de courage pour continuer à vivre dans ce climat de guerre et de destruction.
L’histoire ne tourne cependant pas exclusivement autour de Chise et Shûji, et les personnages secondaires sont tous mis en avant avec un développement très soigné. Du meilleur ami de Shûji qui part à l’armée, à l’amie d’enfance au destin cruel, en passant par l’ancienne professeur stagiaire qui fut le premier amour de Shûji, tous vivront pleinement leur relation avec nos héros. Ils ont chacun leur rôle dans l’histoire, et ne sont pas de simples faire-valoir pour Chise et Shûji.
La principale difficulté qui se pose à la lecture de ce manga concerne les graphismes. En effet, si l’histoire est sublimement travaillée, les dessins, eux, sont assez brouillons. C’est le style de l’auteur qui veut ça, on est dans un genre de crayonné, comme un « premier jet » sur lequel l’auteur ne serait pas repassé par la suite. Pourtant Shin TAKAHASHI est capable de réaliser de magnifiques dessins, et les pages en couleurs du volume d’histoire courtes l’illustre parfaitement.
La série « Larme Ultime » a bénéficié d’une adaptation animée en 13 épisodes, plus 2 OAV et un film live. En France, seule la série animée est disponible, sous le nom « L’Arme Ultime ». Un artbook intitulé « Love Song 2002″ est sorti au Japon, reprenant des illustrations de « Larme Ultime » mais aussi d’autres oeuvres de Shin TAKAHASHI, les classiques CD de la bande son de l’anime, quelques figurines à l’effigie de Chise, et d’autres goodies variés (dont les inévitables porte-clefs).
Clairement une série à part, « Larme Ultime » saura vous prendre aux tripes, avec son histoire d’amour tragique, ses personnages attachants et son univers apocalyptique.
Thibault R.